24 novembre 2012 ~ 0 Commentaire

Utilisation du triangle

Les profanes regardant un avion de voltige ne manquent pas de remarquer cet assemblage improbables de tiges d’aluminium ou de carbone en bout d’aile(s), ressemblant vaguement à un cintre, à un porte-manteau ou à un immobile de Kundelitch (référence culturelle. Celui ou celle qui trouve à quelle œuvre du 7e art se rapporte ce terme gagne une tringle à rideau).

Comble du mauvais goût, les barres de ce triangle sont parfois peintes de couleurs criardes, voyantes et mal assorties. Comble du comble, un fil de nylon ou de laine pendouille tout aussi lamentablement de cet improbable assemblage…

Le quidam intrigué demandera donc au voltigeur le plus proche de quoi il s’agit. Il aura une réponse laconique, assorti d’un regard pénétrant du sage qui cherche à t’initier au secret des dieux, ou plutôt du gourou qui cherche à t’embrigader dans une secte adepte du suicide collectif. Ses paroles seront en général: « Mais enfin, il s’agit du TRIANGLE !!! » (Autres variantes de ce terme: l’équerre, la mire…)

Le quidam, en général assez effrayé, remerciera platement l’interlocuteur de l’avoir si lumineusement renseigné, puis prendra ses jambes à son cou en se disant que les voltigeurs sont décidément bons à enfermer dans un institut spécialisé.

Ce petit article se propose donc d’apporter un certain nombre de réponses supplémentaires sur ce sujet. Tout d’abord, pour ceux qui en doutent encore: oui, il s’agit du triangle.

 

A quoi sert t-il ?

Tout d’abord, on rappellera brièvement que le pilotage d’un avion consiste à afficher une assiette et un régime moteur (assertion valable partout et tout le temps, que ce soit pour le PPL qui vole sur DR400 jusqu’au pilote de ligne qui vole sur Boeing 787, en passant par le pilote IFR, le pilote de montagne et le voltigeur). donc, on affiche une assiette (angle entre l’axe longitudinal de l’avion et l’horizontale) et une puissance. La vitesse et la trajectoire  (altitude constante, pente, …) en découleront automatiquement.

Comment afficher une assiette? L’élève pilote utilisera un repère pare-brise pendant ses premières leçons, qui représente une maquette d’horizon artificiel laborieusement faite au marqueur (non indélébile SVP) sur la verrière quand l’avion est en croisière. Ensuite, le pilote VFR matérialisera l’assiette grâce à la distance entre le capot de l’avion et l’horizon. Puis, en abordant le VSV, le VFR de nuit, voire l’IFR, il utilisera pour afficher une assiette son horizon artificiel (bin oui, l’horizon naturel n’est plus visible), sur lequel il concentrera environ 90% de son attention, tout en jetant parfois un regard fugace aux autres instruments de pilotage pour vérifier que ses éléments (vitesse, vario, altitude) sont bien ceux voulus.

En voltige, à part sur certains avions russes et sur les avions d’armes, point d’horizon artificiel. On utilisera donc la distance entre le capot et l’horizon. Petit problème: on a la sale habitude en voltige d’adopter des assiettes de montées inconsidérément fantaisistes (45°, 90°). L’horizon n’apparait alors plus dans le champ visuel du pilote. Il faut trouver une autre solution. L’horizon restant visible en bout d’aile, il ne reste plus qu’à y associer un système pour visualiser précisément les assiettes et le tour est joué! Le triangle joue ce rôle. Il suffira, par exemple lors d’une montée sous 45°, de « poser » la barre correspondante du triangle sur l’horizon pour être sûr de son assiette.

 

Description du triangle

Avant de foncer tête baissée dans le vif du sujet, nous allons présenter plusieurs « design » de triangle.

Celui du Pitts:

Utilisation du triangle dans Technique de pilotage dscf4123-225x300

Celui du CAP232. Le fil qui pendouille sert à matérialiser le recul de l’avion dans les cloches.

dscf4138-225x300 dans Technique de pilotage

On constatera que le voltigeur installé dans ce CAP232 regarde ce triangle d’un air ravi …

Enfin, le triangle du CAP10:

sans-titre-300x224

L’intérêt de peindre le triangle avec des couleurs vives permettra de le visualiser mieux. Il peut être également opportun de peindre chaque barre de couleurs différentes. La science ayant prouvé que le mammifère le plus intellectuellement débile était le voltigeur sous un facteur de charge quelconque, cette astuce l’aidera à éviter de se gourer de barre au moment fatidique.

La forme du triangle dépendra donc de l’architecture de l’avion. Il convient de retenir plusieurs principes:

- Les barres doivent se rencontrer à la hauteur des yeux du pilote (ou le plus près possible). Le cas échéant, on pourra prolonger la barre verticale et mettre un morceau de scotch de couleur à la hauteur des yeux du pilote.

- Les barres doivent être les plus longues possible, afin d’augmenter la précision.

- Le triangle doit être situé le plus loin possible du pilote (pour éviter la parallaxe et augmenter la précision)

Pour l’anecdote, on notera que le regretté Eric Müller n’avait pas de triangle sur son Akrostar, mais avait collé sur la verrière du scotch matérialisant le point focal et l’ensemble des lignes à 45° et 90°. Avantage: plus simple et plus léger. Inconvénient: il faut être sûr d’avoir la tête toujours dans la même position pour éviter tout problème de parallaxe.

 

Voici un triangle:

sans-titre2

 

1: Le point focal, situé en face des yeux du pilote (idéalement)

2 et 3: les barres pour matérialiser les assiettes à 45°

4: la barre pour matérialiser les assiettes verticales (montantes et descendantes).

5- la barre horizontale, qui ne sert à rien pour le pilote, mais qui participe activement à tenir les autres barres en position…

Si la jonction des barres n’est pas située en face du pilote (ça arrive rarement, et en général on verra cette jonction en dessous de l’horizon), il sera utile de rallonger la barre verticale afin de matérialiser ce point focal. Top du top: on colle un petit morceau de scotch de couleurs vives sur ce point précis.

point-focal-300x187

Les gens qui ont fait du dessin constateront que ce point correspond au point de fuite (point où toutes les lignes de perspective se rejoignent sur l’horizon).

Corolaire: si certains avions de voltige ont deux triangles, un seul suffit, si le point focal est bien matérialisé. Ça simplifie le circuit visuel du pilote (plus besoin de regarder les deux ailes)

Dans la suite de l’exposé, on supposera que le point de jonction des barres du triangle sera ce fameux point focal (plus facile pour le dessinateur)

 

Comment ça marche?

Le triangle a deux utilités:

- Afficher les assiettes de manière précise, quand on ne voit plus l’horizon

- Aider à garder une inclinaison nulle sur les assiettes précitées, et lors des ressources positives et négatives.

 

Assiette

Quelques bons dessins valant mieux qu’un long discours, voici les assiettes « classiques »

palier-ventre-300x187

Le palier ventre

 

45-montant-ventre-300x187

45° ventre en montée

 

verticale-montante-300x187

Verticale montante

45-montant-dos-300x187

45° dos en montée

45-montant-dos-300x187

45° en montée dos

 

45-descendant-dos-300x187

45° en descente sur le dos

 

Pour afficher l’assiette précisément, comme on l’a déjà précisé, on « posera » la barre correspondante sur l’horizon, et on l’y maintiendra. La verticale descendante n’est pas représentée, ceci ne dispense pas de « bloquer » la dite verticale à l’aide du triangle…

Attention, le triangle pilote une assiette, et non une pente (trajectoire). Cette dernière dépendra de l’assiette affichée, ainsi que du vent. Si les contraintes de box vous imposent de piloter une trajectoire, veillez à « tricher » vos assiettes en conséquence.

 

Inclinaison

Le triangle sert également à maintenir l’inclinaison nulle, lors des trajectoires ascendantes où il n’est pas possible de voir l’horizon en regardant devant soi. Il suffira alors de maintenir le point focal exactement sur l’horizon tout le long le la ressource.

Exemple: lors d’une demi-boucle positive impeccable, on verra ça:

palier-ventre-150x15045-montant-ventre-150x150verticale-montante-150x15045-montant-dos-150x150palier-dos-150x150

Si on tire notre ressource avec un peu d’ailerons à gauche, on verra ceci lors du passage des 45°:

boucle-tiree-a-gauche-300x187

Cela prouve qu’on a une inclinaison parasite à gauche. Un  peu d’ailerons à droite permettra de ramener les ailes horizontales, donc le point focal sur l’horizon. On constate donc que cette méthode permet de piloter une inclinaison en permanence, et de façon précise.

Inconvénient cité par les tenants d’une école: comme, pour regarder le triangle, il faut tourner la tête vers la gauche, on aura tendance en conséquence à incliner l’avion à gauche, le mouvement du bras tenant le manche suivant le mouvement de la tête.

Certes…

Effectivement, mais ceci s’éduque. La preuve, quand on roule en voiture avec une charmante passagère assise à nos cotés, on ne finit pas dans le rail de sécurité. Pourtant, la nature incite à tourner la tête…

Par analogie, sur une remontée dos, on verra ceci:

palier-dos-150x15045-montant-dos-150x150verticale-montante-150x15045-montant-ventre-150x150palier-ventre-150x150

on fera le même genre de corrections que sur une demi-boucle, en utilisant bien entendu les ailerons. Faire des petites corrections sans tarder dès qu’on constatera l’apparition d’une inclinaison parasite vous permettra de « pousser » vos plus belles remontées dos de manière parfaitement fiable, puisque contrôlée de A à Z. Petite astuce pour ne pas se tromper de sens lors de la correction, le manche « tirera » ou « poussera » la pointe du triangle sur l’horizon.

Amusez-vous bien sous -3G !!!

 

 

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