11 novembre 2012 ~ 0 Commentaire

Aborder le Second cycle (par Jean Eyquem)

La progression du second cycle voltige se répartit essentiellement en cinq pha­ses :

  • Étude des tonneaux super lent, à facettes, déclenché positif, et intégration de ces rotations dans les figures positives de base (ex.: avalanche)

  • Étude des figures inversées

  • Étude des figures verticales

  • Étude des tonneaux en virage

  • Étude des tonneaux déclenchés négatifs et en général des déclenchés posi­tifs et négatifs sur diverses trajectoires: en palier, à 45 degrés, verticales.

Il s’agit là, on le voit, d’un programme ambitieux auquel il y a d’ailleurs lieu d’ajouter pour être complet, et bien qu’elle n’y figure pas officiellement, l’étude des boucles à facettes, des tonneaux dans demi-boucle et des cloches avant et arrière. Cette étude complémentaire se justifie pour armer le pilote de voltige de toutes les bases à partir desquelles sa propre technicité progressant sensible­ment dans l’intervalle, il sera en mesure par lui-même de compléter son arsenal de compétiteur et d’aller plus loin dans la construction des figures composées. Car il suffit de considérer l’épaisseur du catalogue répertoriant les possibilités d’évo­lutions acrobatiques pour se rendre compte que celles-ci, à partir des mouvements de base autour des trois axes d’inertie, sont pratiquement infinies.

Quant au pilote de voltige non tenté par la compétition (il peut s’en trouver), il se doit lui-même, dans le cadre d’un second cycle bien conçu, de passer au moins par les cinq phases ci-dessus dé­finies pour acquérir des connaissances suffisantes dans le domaine évolué de la haute école.

 

Je précise d’autre part que si la présentation écrite et globale de ce programme peut paraître impressionnante il y a lieu cependant de l’aborder sans complexe: ni de supériorité, ni d’infériorité. Le premier conduit: à une progression précipitée, sup­posant de nombreuses impasses, se tra­duisant au bout du compte par des exé­cutions un peu au petit bonheur, donc approximatives, parfois chanceuses, plus fréquemment pitoyables comme l’est toujours plus ou moins Ila restitution d’un travail bâclé parce que procédant de connaissances insuffisantes, trop rapidement acquises donc mal assimilées.

Le second complexe est tout aussi nuisible que le premier, car il entraîne souvent chez le pilote la conviction que le second cycle est une montagne trop haute pour lui, qu’il n’aura jamais la force de gravir. La vérité est qu’un bon, un vrai second cycle voltige représente une étape certes nettement plus conséquente en travail personnel que le premier, et de tra­vail ingrat parce que plus éprouvant phy­siquement et plus difficile à contrôler visuellement ; un travail qui décourage beaucoup de pilotes, puisque même au­jourd’hui où l’activité voltige s’est très sensiblement développée depuis quelques années on n’en voit qu’une proportion encore relativement faible accéder au ni­veau de voltigeur complet, et surtout par­venir à le maintenir et à l’améliorer. On pourrait bien sûr invoquer souvent d’autres causes, notamment le prix de revient d’une formation voltige complète, mais je remarque également pour ma part, par­ticipant à l’activité d’un groupe où les nababs ne foisonnent pas particulière­ment, et qui ne reçoit ni subventions ni aides d’aucune sorte, que ceux qui veu­lent s’accrocher et s’accrochent, trouvent toujours les moyens de le faire, ce qui ne les rend à mes yeux que plus méritants, plus sympathiques et plus motivés.

Sauf difficulté ou incapacité physique, qu’il convient également de véri­fier, car la difficulté peut généralement s’atténuer et disparaître avec l’accoutu­mance, l’adaptation, la progression second cycle est essentiellement affaire de volonté correctement appliquée à un but. Elle ne peut décourager que les timorés ou à l’opposé ceux qui, ayant voulu aller trop vite, se rendent confusément compte après coup, en compétition particuliè­rement, qu’ils ne sont pas à la hauteur des pilotes moins prétentieux ou plus réfléchis qui, bien dirigés par ailleurs sur le plan technique (car le problème est souvent là), c’est-à-dire notamment sans préoccupations par trop commerciales, ont su prendre le bon chemin du travail rationnel, appliqué et obstiné. Ce chemin-­là, pour qui a bon pied bon œil, n’est pas si escarpé et a tôt fait de révéler à ceux qui l’empruntent, que la montagne n’est pas si haute et qu’on finira bien, étape par étape, par en venir à bout.

 

Les accélérations

Les « G » maintenant, la fameuse dan­se des aiguilles de « accéléromètre, les ac­célérations négatives qu’il va falloir endurer, alternées aux accélérations posi­tives à plus hautes doses, le voile rouge après le voile noir, les vaisseaux cérébraux qui risquent de claquer, les organes in­ternes malaxés comme dans une bétonnière, et autres visions d’épouvante. Qu’en faut-il penser?

Qu’il ne faut rien exagérer. Celui qui vous parle a fait plus de la moitié de ses heures de vol en voltige, notamment en voltige deuxième cycle, parfois plusieurs heures par jour. Certes quand il m’arrive de faire deux ou trois séances second cycle consécutives d’affilée, faisant suite ou précédant des vols premier cycle, point n’est besoin le soir de me bercer pour dor­mir. Et au bout d’un stage d’un mois par exemple, à ce régime, souffler un peu n’est pas du luxe. Mais je ne me suis pas, il s’en faut, le seul instructeur capable de le faire et nous ne sommes pas les uns ni les autres des surhommes. Certes pour faire ce job mieux vaut être robuste et endurant, mais ni plus ni moins que dans d’autres activités, et on trouve notam­ment parmi nous des femmes qui ne sont pas du tout « hommasses ». Là encore l’affaire se ramène essentiellement à un problème d’accoutumance et d’entraînement, deux notions qui doivent être associées à celle de progressivité.

En premier cycle, on aura déjà pris l’habitude d’accélérations évoluant entre + 4 (boucle, renversement, rétablissements, retournements) et – 2 (virages dos). Il s’agit de valeurs moyennes d’accélération qui se situent généralement dans cette fourchette. En progression second cycle, la fourchette sera un peu plus large. Elle ira de + 5, + 6 (figures verticales) à – 3 (figures inversées), étant entendu que l’on devra veiller à demeurer dans les li­mites du domaine de vol de l’avion en cette matière, limites qui, s’agissant des biplaces de formation à la voltige, sont précisément en général de + 6 – 3.

En voltige école, on a doublement intérêt à respecter ces limites. D’abord parce que si l’on prend l’habitude de ne pas le faire, tôt ou tard, soit abus de cette habitude ou vieillissement, l’avion cassera, en prévenant ou sans prévenir. Ensuite parce que prendre inutilement des G pour le plaisir essentiel de pouvoir s’en vanter est peut-être une forme de snobisme encore plus idiote que d’autres, mais qui ne plaide en faveur ni de la capacité de réflexion, ni de l’adresse manœuvrière de ceux qui la pratiquent. Nous verrons dans la suite de cette étude, en arrivant à la partie entraînement compétition, qu’un pilote de voltige averti attaquant des programmes difficiles et prolongés s’emploiera toujours, tant pour ménager sa machine que sa propre fraîcheur physique, à demeurer dans les limites du domaine de vol de son avion en matière d’accélérations, limites qui, pour les monoplaces les plus évolués, sont d’ailleurs assez proches de celles du pilote lui-même.

Certes, l’ambiance de la compétition, les problèmes de cadrage, conduisent généralement les pilotes à prendre plus de G en concours qu’à l’entraînement, C’est vrai pour des compétiteurs chevronnés, c’est vrai plus encore pour des pilotes moins rodés à la compétition, qui concourent souvent sur biplaces-école. Dans certains programmes les facteurs de charge limites pourront être ainsi couram­ment dépassés, simplement parce que ce sera nécessaire pour pouvoir enchaîner les figures et tenir le cadre. Cet exemple sou­ligne que l’emploi en compétition des biplaces-école limités à +6 -3 en accé­lérations doit tenir compte assez strictement de ces limites, et qu’il devient imprudent d’engager des pilotes sur de telles machines, dans des rencontres d’un niveau de difficulté impliquant que les traits rouges des + 6 – 3 seront inévitablement et couramment franchis.

Mais pour en revenir à la progression second cycle proprement dite, ainsi qu’aux compétitions qui la jalonnent comme la Coupe Espoirs deuxième cycle (Coupe Desavois) il n’y a aucune raison, au cours de celles-ci, de sortir des limites de facteurs de charge. Sur CAP 10 les figures verticales en double passent à 5 G et les remontées dos correctement à – 3.

Conduite de la progression

Pour ceux que ces seuls chiffres impressionnent, il faut ajouter que dans cette seconde phase de la progression, les séances en double seront souvent un peu plus courtes que celles du premier cycle, et que les séances solo, au fur et à me­sure que le pilote s’aguerrira et analysera mieux ce qu’il fait, deviendront elles-mêmes plus fréquentes. Ainsi on évitera d’aller jusqu’à la saturation de l’élève voltigeur tant dans l’étude des remontées dos que des figures verticales, des déclen­chés positifs ou à fortiori, négatifs. Le pilote, tout à la recherche de la correction et de la précision dans ces figures, tendra souvent à dépasser sans s’en rendre compte ce degré de saturation, au risque de le payer ensuite par la fatigue et l’écœurement. C’est là que le rôle de contrôle et de décision de I’instructeur est important, qu’il s’agisse des séances de double ou des vols solo, il devra veiller, particuliè­rement en stage, à ne pas demander trop à la fois à ses stagiaires second cycle qui, s’il ne le fait pas, risqueront de perdre pied prématurément et de perdre parfois jusqu’à l’envie de voler.

Plus encore qu’en premier cycle, on retrouve au niveau supérieur, pour les figures ingrates, la nécessité de l’injec­tion de la technique à petites doses, laissant entre elles le temps du repos, de la décontraction et de la réflexion technique. Les parties « briefing » et « débriefing » seront également très importantes, les petites pauses explicatives en vol également. En abordant les phases essentielles du second cycle, l’élève voltigeur entrera en effet dans un domaine où il se fatiguera davantage, donc plus vite, même s’il veut s’efforcer de croire le contraire, et dans lequel par ailleurs il redeviendra débutant parce qu’il abordera des problèmes entièrement nouveaux. C’est une raison supplémentaire pour conduire un peu différemment, mais avec le même esprit d’explication et de méthode, cette seconde partie, plus longue et plus difficile, de la formation voltige.

Jean EYQUEM

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